Tout le monde est au courant, depuis 2002, le marché de la musique enregistrée est en plein marasme dans le monde entier. Rien qu’en France, le marché de la musique enregistrée (disques et musique en ligne) subi une perte de 60% environ par rapport à 2002 pour atteindre 606 millions d’euros. Si le marché de la musique en ligne connaît une importante croissance (+50% en France entre 2007 et 2008) depuis plusieurs années, il ne représente à ce jour que 15% du marché global de la musique enregistrée. Le marché de la musique en ligne est donc incapable de compenser l’énorme perte de valeur du marché de la vente physique.
Les acteurs de la musique en ligne

Pourtant, la musique enregistrée n’a jamais été autant consommée : on la trouve partout facilement, librement et légalement : lecteurs mp3, sites de téléchargement légal, streaming gratuit ou payant, webradios, web TV, radios, télévision, cinéma, téléphone, ascenseur, salle d’attente ou encore magasins. Dans ces conditions, pourquoi le marché de la musique enregistrée connait-il ce marasme ? Voici 10 raisons (non exhaustives mais suffisamment représentatives) pour lesquelles ce secteur pourtant dynamique tarde à entamer sa profonde remise en question :

  1. La répression des nouveaux usages de consommation de la musique est une grave erreur car il serait préférable pour la filière de la musique enregistrée de comprendre pourquoi et comment la musique en ligne constitue un avantage pour le consommateur. La SACEM, les majors et les syndicats de producteurs préfèrent réprimer tous les nouveaux usages plutôt que de considérer ce qui est pourtant une évidence : la musique en ligne, sous toutes ses formes, est l’avenir de la musique enregistrée. A ce titre, la levée des DRM est un atout majeur pour le développement de la demande.

  2. L’offre légale de musique en ligne est insuffisante : il n’existe que très peu de magasins en ligne et de sites proposant une façon innovante et légale de consommer la musique. Il serait utile et nécessaire de tester toutes sortes de nouveaux modèles pour trouver une ou plusieurs voies permettant d’envisager la croissance rentable et nécessaire à tous les acteurs. Il ne faut pas oublier que tout est disponible gratuitement sur le web, sans aucune possibilité de filtrage réellement efficace, il faut donc proposer des offres légales apportant une réelle valeur ajoutée au consommateur par rapport aux offres illégales.
  3. Les minima garantis imposés par les majors à toutes les start-ups proposant de nouveaux services de musique en ligne sont déraisonnables. Les majors sont habituées à doper leurs chiffres d’affaires en surchargeant les magasins de stocks (ces stocks livrés sont la base de paiement des maisons de disques, avant d’accepter d’éventuels retours et donc des remboursements) . Or, dans le monde numérique, il n’existe pas de stocks, les majors imposent donc des avances et/ou minima garantis à ces sociétés qui leur proposent pourtant des solutions pour sauver leur business. Les majors devraient les accompagner tout en percevant une juste rémunération pour les exploitations commerciales de leurs catalogues, sans avance ni minimum garanti. Au lieu de cela, elles font payer le SAMU qui souhaite les conduire à l’hopital pour les soigner…
  4. Tous les labels continuent de réfléchir en terme de disques alors que la musique en ligne se consomme au titre par titre, en faisant son choix très précisément, avec une grande capacité d’achat impulsif  liée au faible prix et à la multiplicité des supports et réseaux de vente. Cela doit permettre l’apparition ou la réapparition de nouveaux formats tels que le Maxi (c’est-à-dire un package de 5 titres environ) et de nouvelles fréquences de commercialisation (un Maxi tous les 6 mois pour un artiste productif et dynamique par exemple). Mais surtout, cela doit permettre de revoir les budgets de production, de promotion et de marketing à la baisse, tout en améliorant la rentabilité à court terme des labels. C’est ce que Patricia KAAS a compris en commercialisant son album KABARET sous différents formats, réseaux et prix.

  5. La théorie de la longue traîne de Chris ANDERSON doit pouvoir s’appliquer sur chaque site proposant de la musique en ligne, ainsi que sur l’ensemble des sites proposant de la musique en ligne : chaque site doit pouvoir tirer profit de la largeur de son catalogue (aussi spécialisé soit-il) et l’ensemble des sites proposant de la musique en ligne doit proposer de façon globale une offre large et suffisamment mise en avant.
  6. La musique gratuite n’est pas une fausse bonne idée : il est utile pour le consommateur de pouvoir écouter ou télécharger gratuitement la musique de choix dès lors que tous les ayant-droits sont rémunérés, le seul problème c’est que tous les business models innovants ne peuvent pas s’appuyer sur le financement par la publicité, surtout en période de crise induisant une importante réduction des investissements publicitaires.
  7. Il est nécessaire et indispensable de donner des raisons d’acheter la musique, faire de la musique et la mettre en vente n’est pas suffisant : il faut proposer, entre le consommateur et l’artiste, un partage d’expérience, l’adhésion à une communauté d’intérêts et de valeurs, une grande qualité artistique…
  8. Il faut remettre la qualité des chansons au centre de toute offre de musique en ligne : on peut imaginer les meilleures stratégies marketing, rien ne vaut plus que la qualité intrinsèque d’une oeuvre. Trop longtemps, l’image des labels et artistes a été abîmée par des albums vendus chers et contenant 2 ou 3 bons titres + du remplissage, ou par des titres bombardés en radio et finalement consommés par le public à l’insu de son plein gré (:-)
  9. Il faut admettre que la notion de partage encadré est utile et nécessaire à la musique en ligne : comment mieux proposer la découverte d’un artiste que par l’écoute gratuite d’un titre ? Pourtant la SACEM l’interdit !
  10. Si chacun peut voir midi à sa porte, tout le monde ne peut pas avoir le même fuseau horaire : je trouve honteux que des artistes qui réussissent à profiter du nouvel élan de la musique en ligne en profitent pour dévaloriser la musique en proposant leur album gratuitement (notion de partage, cf #9) car ils sont certains de se rattraper sur les concerts, produits dérivés et les exploitations de leur image. Le partage encadré de la musique est utile dans le cadre d’une stratégie, on ne peut en faire un diktat pour se faire du buzz en ridiculisant tous les autres artistes qui n’ont pas la chance de pouvoir vivre d’autre chose que de l’exploitation commerciale de leur musique. Chaque artiste doit pouvoir valoriser son travail et son oeuvre comme il le souhaite, tout en tenant compte des attentes des consommateurs.
Magasins de musique en ligne
Magasins de musique en ligne

On constate donc, encore une fois, que le e-marketing est au service de l’entertainment, et inversement ! C’est en considérant pleinement la musique en ligne comme un levier de croissance prioritaire de la musique enregistrée que toutes les méthodes de promotion et de commercialisation de la musique seront optimisées pour être adaptées à l’ère numérique. Il est temps d’oublier la musique en ligne comme un complément du disque car ce sera bientôt le contraire.

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